mercredi 15 décembre 2010

Dégustation de Champagne et vins effervescents en Central Valley

A l’approche des fêtes, vous avez certainement pu remarquer que les dégustations de Champagne fleurissent un peu partout y compris outre-Atlantique.

Ainsi était organisé hier par le Tresetti’s, bar à vins de la ville de Modesto où je réside, l’Annual Champagne Tasting. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir plus de 30 vins de Champagne mais aussi effervescents, dont les cuvées prestige des Champagne Veuve Clicquot (La Grande Dame), Piper Heidsieck (Cuvée Rare) mais aussi Roederer Estates (l’Ermitage), Mumm Napa (DVX) aux côtés de Champagne plus confidentiels comme ceux de la Maison Drappier qui cotoyaient quelques Cava d'Espagne et autres effervescents d'Afrique du Sud ou encore d'Italie.
Habituée des dégustations organisées de façon hebdomadaires dans ce lieu plutôt tendance, j’ai pu à cette occasion apprécier le réel engouement d’amateurs, passionnés mais aussi novices pour les vins effervescents et de Champagne. Les bulles font rêver et restent un symbole de fête incontournable à quelques jours du réveillon.
Après avoir pu échanger sur ce sujet avec de nombreux importateurs et commerciaux présents pour l'occasion, leur travail sur le territoire américain reste encore important et difficile afin de faire comprendre aux consommateurs que le Champagne provient uniquement de la région Champagne en France.
Jugez plutôt par le message qui suit et qui fait état de l’usurpation des noms d’appellations encore bien présente aux Etats-Unis.

La tendance est encore à l'usurpation d'appellations...

Jusqu’en 1960, la réglementation américaine en matière d’appellation était inexistante. Les viticulteurs étaient ainsi libres d’utiliser les désignations (souvent d’inspiration européenne) comme bon leur semblaient.
Il était ainsi courant de trouver des vins blancs étiquetés Chablis ou Sauterne (sans s) et Burgundy pour les rouges ainsi que Port pour les vins américains mutés.
Cette tendance a quasiment aujourd’hui disparu (à quelques exceptions près …).


Il faut en effet savoir que de nombreuses dénominations de vins européens sont considérées aux Etats-Unis comme "semi-génériques" (Burgundy, Chablis, Champagne, Chianti,...). Ainsi, les producteurs sont libres d'utiliser l'appellation « Champagne » pour leurs vins pétillants voués au marché américain, à condition que celle-ci soit suivie de la mention du lieu de production (exemple : "California Champagne"). 
Aujourd'hui, ce label reste utilisé essentiellement par les producteurs de vins effervescents premiers prix. 
Les viticulteurs américains produisant des vins sur le modèle champenois, visant un segment plus prestigieux, préfèrent plus généralement la désignation "Sparkling Wine".

L'arrivée des Maisons de Champagne en Californie à partir des années 1970 a également contribué à l'amélioration de la qualité de ces vins et à l'éducation du public américain dans ce domaine. Moët-Hennessy investit dans le Domaine Chandon dans la vallée de Napa dès 1973, G.H. Mumm y fonde Mumm Napa en 1976, la maison Louis Roederer possède le domaine Roederer Estate dans le Comté de Mendocino depuis 1982, et le Domaine Carneros dans la vallée de Napa est détenu par Taittinger. Des producteurs californiens comme Schramsberg, Gloria Ferrer, Frank Family Vineyards ou Iron Horse ont également contribué à l'essor de vins pétillants américains de qualité. 

Après 20 ans de négociations, à la fin de l’année 2005, l’Union Européenne et les Etats-Unis sont parvenus à un accord sur le commerce du vin portant notamment, sur la limitation de l'utilisation et donc la reconnaissance de 17 appellations, dont celle de Champagne, pour du vin produit aux Etats-Unis. De même, le Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne via son antenne basée à Washington DC fait un énorme travail via sa célèbre campagne « Unmask the Truth - Champagne Only Comes from Champagne – France » afin de renverser cette tendance. 


Je vous encourage d’ailleurs à signer la pétition qui y est associée et ainsi prendre part à la défense de nos appellations d'origine !

jeudi 9 décembre 2010

Des vins segmentés par prix

Comme nous avons pu le voir précédemment, alors qu'en France la hiérarchisation des vins repose sur le système d'appellations (AOC, VDP, VDT...), celle des vins américains est basée sur une classification par prix.




Ainsi, comme nous pouvons le voir ci-dessus, les vins américains sont hiérarchisés selon la catégorie de prix à laquelle ils appartiennent. Cette pyramide commence à $1.99 avec les Super Value. On retrouve dans cette catégorie des vins de table bas de gamme vendus en gros contenant, allant de la bouteille de 75 cl au pichet de 5 litres, que l'on retrouve aujourd'hui également en format Bag in Box. Ils sont plus communément appelés "Jug Wines".

Exemple de "Jug Wines" - Carlo Rossi Wines - E & J Gallo

Cette échelle de prix s'étend jusqu'à $50 et plus pour les Luxury, des vins de très haut de gamme. A l'inverse donc de la première catégorie présentée, on retrouve ces vins vendus en bouteille de 75 cl. Comme les catégories Premium d'une manière générale, il s'agit de plus en plus de vins d'assemblage, à la différence des Fighting Varietals qui sont des vins de cépage.


Comme on peut l'imaginer, le poids de chacune de ces catégories de prix n'est pas le même si l'on considère à présent la répartition des ventes de détail.

AGREX CONSULTING
Ainsi le coeur de gamme des vins locaux se situe entre $2 et $6, autrement dit entre les catégories Super Value et Value, alors que celui des vins importés est entre $5 et $10 (de Value à Popular Premium).
Il faut savoir que les prix psychologiques, c'est à dire ceux accéptés par le plus grand nombre de consommateurs, se situent à $10 et $15. Au-delà ils sont jugés trop chers, sachant que le prix moyen en 2008 s'élevait à $5.84 la bouteille contre $6.58 en 2007 et $5.47 en 2005.
Bien évidemment la crise financière de 2008 est pour beaucoup dans cette orientation vers les vins d'entrée de gamme. Il faut en effet noter que les consommateurs américains, comme dans beaucoup d'autres pays d'ailleurs, influencent énormément leurs achats de vins au contexte économique du moment. Les périodes de crise verront ainsi monter en puissance les vins moins coûteux, donc locaux, alors qu'en phase de croissance ils se tourneront volontiers vers des vins plus haut de gamme et festifs.
La reprise économique se faisant sentir, on peut donc espérer voir cette tendance se confirmer à la faveur des vins importés...

mardi 7 décembre 2010

Des vins de cépages

Comme nous avons pu le constater, le système d’appellations américain ne repose que sur des délimitations géographiques dont doivent être issus les raisins. Ainsi, tous types de cépages peuvent être cultivés quelques soient la région de production. On peut ainsi trouver du Chardonnay, du Pinot Noir, du Merlot ou encore du Cabernet Sauvignon dans chacune des régions de production.



Une autre grande différence donc par rapport au vignoble français pour lequel chaque région n’a pas cette liberté.
En effet, à chaque région viticole en France correspond une hiérarchie d'appellations, des méthodes de production réglementées, des cépages devant y être cultivés, donnant à chacune de ces régions et à leurs vins un caractère unique.


Il important de noter que la grande majorité des vins vendus aux Etats-Unis sont des mono-cépages (un seul cépage) bien que la tendance soit aux vins d'assemblage pour le haut de gamme.
Les cépages les plus populaires en blanc sont le Chardonnay qui concentre plus de la moitié de la production suivi du French Colombard et du Sauvignon Blanc. Pour les rouges, la préférence est largement dirigée vers le Cabernet Sauvignon, le Merlot et le Pinot Noir pour ce qui est des cépages dits "européens".
Néanmoins, comme dans beaucoup de pays, les Etats-Unis, au travers de la Californie produisent deux cépages typiques et identitaires qui ne sont pratiquement pas plantés ailleurs : le Zinfandel (18%) et la Petite Sirah (3%).  On retrouve majoritairement le Zinfandel en Central Valley et plus particulièrement dans la région de Lodi, dont il a fait la réputation. Ces vins sont caractérisés par une bonne structure, riche en alcool, aux arômes de fruits rouges évoluant vers des notes confiturées dû à une maturité poussée. La Petite Sirah, ou Petite Syrah, se trouve essentiellement dans le Comté de Monterey et la Valley de San Joaquin et est bien souvent assemblée au premier afin d'apporter complexité, structure et de masquer les notes confiturées. Les vins sont caractérisés par des arômes poivrés, une couleur intense et une belle richesse tannique.

Que ce soit blanc, rouge ou rosé, on note que les consommateurs affichent leurs préférences.


Wine Institute Statistiques 2009
Ainsi, les vins rouges concentrent la majorité des ventes en supermarchés avec 47% de part de marché contre 40% pour les blancs. On note également une progression certaine vers les premiers qui gagnent 3 points en  2009 par rapport à 2008 au détriment des vins blancs et rosés.

Par ailleurs, les Etats-Unis sont vraiment le pays de tous les possibles, véritables créateurs de phénomènes. Celui du film Sideways en est un remarquable. Sorti en 2004, il raconte l'histoire de deux amis qui à l'approche de la quarantaine, décident de partir faire la route des vins en Californie. L'un est un écrivain raté et vient de divorcer ; l'autre, acteur de séries hollywoodiennes, est à une semaine de son mariage avec une riche héritière.
De cave en cave, de bar en bar, ils vont savourer cette semaine charnière, où leur amitié sera mise à rude épreuve. Cette histoire, plutôt banale à priori, fait néanmoins l'apologie des vins de cépage Pinot Noir au détriment du Merlot. Ainsi, cette réplique d'un des acteurs principaux va provoquer un réel ras de marée "if anyone orders Merlot, I'm leaving. I am NOT drinking any fucking Merlot!". Elle est en effet à l'origine d'une chute de 2% des ventes de vins de Merlot aux Etats-Unis. La promotion des vins de Pinot Noir faite tout au long du film a à l'inverse vu les ventes de ces vins progresser de plus de 16% depuis sa sortie. Ils représentaient avant la sortie du film 1,1% des ventes de vins aux Etats-Unis...ça fait réfléchir !!!


mercredi 10 novembre 2010

Exigences d'étiquetage et visuels : France versus USA

La réglementation sur l’étiquetage des vins entre la France et les Etats-Unis est comme on peut l’imaginer bien différente.

Comme on peut le voir au travers de ce tableau récapitulatif, les mentions obligatoires semblent globalement être les mêmes à une distinction près : on parle de nom de marque aux Etats-Unis et de nom d’appellation du côté de la France.
Concernant les mentions facultatives, elles peuvent devenir obligatoires sur le marché américain si le vin produit rempli certaines conditions, comme nous avons pu le voir précédemment au travers de la présentation de leur système d’appellations.


Ainsi une appellation de pays, d’Etat ou de comté ou son équivalent étranger sur l’étiquette signifie que 75 pour cent au moins du vin est produit à partir des raisins cultivés dans le lieu indiqué.
Une appellation de région viticole indique que 85 pour cent ou plus du vin a été produit avec des raisins cultivés dans la région indiquée.
Une dénomination variétale exige une appellation d’origine et signifie que 75 pour cent au moins des raisins utilisés pour fabriquer le vin provient de l’appellation d’origine indiquée.
Si le millésime figure sur l’étiquette, une appellation d’origine d’une entité plus petite qu’un pays doit également apparaître. Si un vin américain ou vin d’importation mentionne un Etat, un comté ou son équivalent étranger comme appellation d’origine, 85 pour cent des raisins doivent provenir de l’année mentionnée ; si c’est une région viticole ou son équivalent étranger qui est mentionné, le pourcentage augmente à 95 pour cent.
La mise du domaine signifie que 100 pour cent du vin provient de raisins cultivés sur un terrain détenu ou contrôlé par l’établissement viticole, qui doit se trouver dans une région viticole. La pression et la fermentation des raisins, la finition, le vieillissement, le traitement et la mise en bouteille doivent intervenir dans les locaux de l’établissement. Celui-ci et le vignoble doivent se trouver dans la même région viticole.
D’une manière générale, toutes les informations obligatoires doivent apparaître en caractères d’impression clairs et lisibles et sur fond contrasté. Toutes les mentions obligatoires sur une bouteille de 750 ml, à l’exception de la mention du titre alcoométrique, doivent apparaître en caractères de 2mm au moins. La mention du titre alcoométrique doit mesurer 1-3 mm de haut, indépendamment de la taille du contenant.


Malgré toutes ces exigences et d’un point de vue purement visuel maintenant, en comparaison des vins français, les vins américains, comme on peut le voir au travers de la gamme de vins Gallo Family Vineyard, présentent une meilleure visibilité et lisibilité en termes d’habillage et d’étiquetage.
L’œil se porte en effet en premier sur le nom de marque, du cépage ensuite et de la région de production enfin. Trois éléments faciles, mémorisable et reconnaissables pour un achat futur, qui sont présentés dans un univers de couleurs vives.
A l’inverse si l’on regarde les vins français, au travers d’une gamme de vins de Bourgogne, le point d’entrée est le nom d’appellation, vient ensuite le nom de marque sans précision sur le nom des cépages entrant dans la production du vin. L'univers de couleurs utilisé est la plupart du temps assez neutre et traditionnel. Il n'est ainsi pas aisé de distinguer le producteur à l'origine du vin en question. Cela requiert donc une plus grande connaissance et maîtrise. Il faut en effet savoir ce qu’il y a derrière un vin d’appellation Savigny-Les-Beaune, Chorey-les-Beaune ou un simple Côte de Beaune : quelles en sont les caractéristiques ?, d’où proviennent-ils ?, quel est le cépage utilisé ? L’accès aux vins français n’est donc pas simple.

Il ne faut pas oublier que parmi les critères d’achats privilégier par les consommateurs américains , le nom de cépage arrive en première position et en troisième position le nom de marque. Des éléments qui ne sont donc pas à négliger tout en restant en accord avec la réglementation en vigueur.

lundi 8 novembre 2010

Force de la communication aux Etats-Unis

La publicité sur le vin et toutes autres boissons alcoolisées est assez libre aux Etats-Unis,  loin des restrictions imposées par la Loi Evin que nous connaissons en France associées aux mesures restrictives de sécurité routière qui ont contribué à faire diminuer la consommation de vins.

Ainsi en France, la publicité autorisée pour les boissons alcooliques est limitée à l'indication du degré volumique d'alcool, de l'origine, de la dénomination, de la composition du produit, du nom et de l'adresse du fabricant, des agents et des dépositaires ainsi que du mode d'élaboration, des modalités de vente et du mode de consommation du produit.
Cette publicité peut comporter des références relatives aux terroirs de production, aux distinctions obtenues, aux appellations d'origine ou aux indications géographiques. Elle peut également comporter des références objectives relatives à la couleur et aux caractéristiques olfactives et gustatives du produit.
Le conditionnement ne peut être reproduit que s'il est conforme aux dispositions précédentes.
Toute publicité en faveur de boissons alcooliques, à l'exception des circulaires commerciales destinées aux personnes agissant à titre professionnel ou faisant l'objet d'envois nominatifs ainsi que les affichettes, tarifs, menus ou objets à l'intérieur des lieux de vente à caractère spécialisé, doit être assortie d'un message de caractère sanitaire précisant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.
Ainsi alors qu’en France, l’Etat diabolise le vin, allant parfois jusqu’à la censure comme on peut le voir au travers des exemples ci-dessus, et ne les dissocie pas des autres boissons alcoolisées, aux Etats-Unis, pays de la mal-bouffe par excellence où lutter contre le phénomène d’obésité est devenu une priorité, ils sont parvenus à détourner la communication en faveur d’une nourriture saine qui s’associe pour eux au vin. Même l’Etat soutient le monde du vin.

Quelques bonnes pratiques en matière de publicité ont néanmoins été adoptées en 1949 de manière informelle par les opérateurs de l’industrie.
Au cours de ces dernières années, en Californie, le désir s’est également fait sentir de développer des standards afin que la promotion de vins soit vue comme une contribution positive auprès de la société. Il existe ainsi un code de bonnes conduites dont voici les principaux points. Toutes publicités ou promotions sur le vin doivent ainsi :
  1. Encourager une consommation responsable et être orientée vers des cibles de consommation adulte ;
  2. Ne pas porter le vin comme élément ayant contribué au succès et à l’accomplissement de soi ; 
  3. Cibler des personnes en âge de consommer de l’alcool, l'âge de la majorité étant à 21 ans ;
  4. Ne pas être associées à la conduite de tous types de véhicules motorisés qui nécessitent réactivité et coordination physique ;
  5. Ne pas apparaître dans des médias pouvant être accessibles par des personnes se situant en dessous de l’âge légal de consommation de boissons alcoolisées ;
  6. Ne pas faire la promotion du vin comme boisson pouvant être consommée à des fins thérapeutiques ou curatives (sauf si la loi l’autorise) ;
  7. Ne pas porter atteinte à la personne humaine et être discriminatoire. Toutes exploitations de personnes ou suggestions à caractère sexuel sont interdites ;
  8. Ne pas mettre en scène une femme enceinte ni faire l’apologie d’une consommation excessive d’alcool ;
  9. Ne pas renforcer le problème de la violence aux Etats-Unis. Par conséquent le vin ne peut être associé à des situations ou des relations violentes ou abusives ;
  10. Lorsque cela est possible associer le vin à de la nourriture.


Ainsi, ce code de bonnes conduites intégré, nous pouvons voir que la promotion et la publicité de vins peuvent être réalisées dans l’ensemble des médias (télévision, presse écrite, voie d’affichage, Internet…), sans réelles restrictions d'ordre légal. La promotion du vin aux Etats-Unis passe aussi par les séries américaines à succès, comme c’est le cas des « Desperate Housewives » où un verre de vin en moyenne apparaît par épisode. Un film a également été réalisé dans ce sens, Sideways, dont nous avons déjà parlé lors de précédents messages, qui fait l’apologie des vins de Pinot Noir de la région Central Coast en Californie.
La consommation de vins est ainsi encouragée, le seul message à caractère sanitaire que l'on peut parfois retrouver est "Please Drink Responsibly" qui signifie "Merci de Boire Responsablement"...Ce message ne pose à mon sens pas de réelles limites à la consommation d'alcool.

Quelques exemples d’insertions publicitaires aux Etats-Unis :


Un exemple de spot publicitaire actuellement diffusé à la télévision : vin effervescent associé au plaisir d'être ensemble et à la fête

mardi 26 octobre 2010

Une industrie du vin fortement concentrée

Au cours de ces 10 dernières années,  l’industrie du vin s’est fortement concentrée malgré une phase de stabilisation dans les années 2005-2006. Ces opérations de rachats et / ou de fusions-acquisitions faisant apparaître de nouveaux investisseurs financiers ont ainsi été multipliées par près de 7 entre 1998 et 2007 pour atteindre près de 350 opérations de ce type sur cette dernière année.
Pourquoi un tel phénomène me direz-vous ? Il répond en effet à plusieurs objectifs :
  1. Acquérir une taille critique pour augmenter la capacité de négociation et sécuriser les approvisionnements
  2. Contrôler les réseaux de distribution en aval
  3. Acquérir de la notoriété

C’est ainsi dans les pays du Nouveau Monde que cette concentration est la plus importante. A titre d’exemple, en Nouvelle-Zélande, au vignoble modeste (30 000 hectares), quatre entreprises représentaient 85% de la production nationale en 2004. En Afrique du Sud, ce constat est encore plus marquant avec deux entreprises seulement qui concentrent les 80% de la production des 100 000 hectares que comptent le pays.

Les Etats-Unis et plus particulièrement l’Etat de Californie n’échappent pas à cette tendance. En effet, malgré sa volonté affichée  de définir ses exploitations comme petites, familiales et indépendantes, le vignoble de Californie est en fait fortement concentré autour de grands groupes mondiaux.
Ainsi en 2009, près de 70% de la production nationale se concentre autour de cinq entreprises que sont : E & J Gallo Winery (USA – Californie), The Wine Group (USA – Californie), Constellation Wines (USA – New-York), Bronco Wine Company (USA – Californie), Foster’s Wine Estates (Australie). Plus de 60% de la production Californienne est réalisée par les 3 premiers qui représentent à eux seuls plus de 5% de la production mondiale !


The Wine Business Monthly - Top 30 US Wine Company - 2009

A l'inverse, la concentration de l'industrie du vin en France est nettement moins marquée. Ainsi, les dix premières entreprises (LVMH, Groupe Castel, Les Grands Chais de France, Baron Philippe de Rothschild, Marie Brizard, Val d'Orbieu, Groupe Boisset...) ne contrôlent que 25% de la production française.

En plus de contrôler une bonne partie des vins locaux vendus sur le territoire américain, certain de ces groupes, entreprises multinationales, contrôlent également une part non négligeable des vins importés sur le territoire.

Marin Institute 2008
Gallo s'est, par ailleurs, vu récompenser en 2009 du statut de leader des marques les plus puissantes au monde par Intangible Business, Constellation via sa marque Hardy's lui succède.

lundi 18 octobre 2010

Le vignoble de Californie

Nous avons pu voir précédemment que le vignoble de la Californie est au cœur de la viticulture américaine. Il représente à lui seul près de 90% des volumes produits par les Etats-Unis, quatrième producteur mondial de vins. Il faut aussi savoir que 2 vins sur 3 consommés aux Etats-Unis proviennent de cette région. Sa surface viticole est égale au trois-quarts de la France ! Une aubaine lorsque l’on possède en plus un climat unique, parfaitement adapté à la culture de la vigne.

Le vignoble de Californie se compose ainsi de 5 principales régions, que sont :






La North Coast : 28,09% du vignoble
La Centrale Valley (Sacramento San Joaquin Valley) : 49,71% du vignoble
La Sierra Foothills : 1,36% du vignoble
La Centrale Coast : 20,47% du vignoble
La South Coast : 0,37% du vignoble








Cost & Return Studies - UC DAVIS
 La Centrale Valley, première région de production des Etats-Unis est le lieu de production de la majorité des vins de table américains. La viticulture y est de masse, les températures extrêmes et une irrigation intense et parfois mal contrôlée limitent la production qualitative. Les prix des vins produits dans cette zone oscillent ainsi entre $7 et $20. Ces prix très compétitifs peuvent être pratiqués grâce à des coûts de production de près de 49% inférieurs à ceux de la Napa Valley, comme on peut le voir au travers du tableau comparatif ci-contre.


A l'inverse la North Coast est le lieu d'une viticulture plutôt haut de gamme avec très peu de mécanisation. Les prix des vins ainsi produits peuvent variés entre $20 et $150. La réputation et l'intérêt portés aux vins de Californie est d'ailleurs dû en grande partie à l'essor du vignoble de Napa.
En effet, en 1976 a eu lieu la grande dégustation plus connue sous le nom de "Jugement de Paris" qui avait pour but de confronter les Chardonnays et Cabernets Sauvignon de France et de Californie.
De cet événement, cette dernière est sortie vainqueur, détrônnant la France de son prestige de l'époque.


Depuis cette date, Napa reste dans les mémoires et reste un vignoble aux vins recherchés, même si depuis d'autres dégustations de ce type dites "anniversaire" sont organisées et renversent un peu cette tendance.
Les autres régions de Californie restent encore dans l'ombre de ce vignoble malgré un effort grandissant pour les promouvoir, comme le film Sideways a récemment propulsé le vignoble de Central Coast au devant de l'affiche en mettant en avant le cépage Pinot Noir au détriment du Merlot.

Le vignoble de Californie compte, en 2009, 108 American Viticultural Area (AVA) et plus de 2900 winery ou domaines viticoles, comptabilisant ainsi près de 45% des domaines viticoles des Etats-Unis.

Wine Institute 2009
 
Comme on peut s'en rendre compte au travers de ce graphique retraçant le développement des domaines viticoles aux Etats-Unis et en Californie, il a été très rapide. En près de 70 ans, leur nombre a été multiplié par plus de 6.
Alors que la moyenne d'une exploitation viticole en Europe est d'environ 20 hectares, celle d'un vignoble du "Nouveau Monde" dont font partie les Etats-Unis est d'environ 50 hectares. Ils bénéficient en outre d'importantes économies d'échelle aussi bien en termes de coût de production que de coût de revient. Ainsi plus les quantités de vins produites augmentent plus leurs coûts de production diminuent, ce qui permet entre autres de pratiquer des prix de vente consommateurs très compétitifs.

Visiter ces winery laisse à penser qu'elles sont indépendantes et familiales, dans le discours tout du moins.
En effet, si l'on va plus loin on se rend compte qu'elles sont pour la plupart détenues par de puissants groupes mondiaux.

mardi 5 octobre 2010

Les AVA : un système d'appellation simplifié

Contrairement au système d'appellations françaises (Appellations d'Origine Contrôlée - AOC),  leurs équivalents que sont les American Viticultural Area - AVA aux Etats-Unis, régissent uniquement la production de vins par délimitations géographiques et en aucun cas ne précisent quel cépage peut être cultivé ou vignoble et les pratiques oenologiques. Les viticulteurs bénéficient ainsi d'une grande souplesse la réglementation américaine imposant seulement les points suivants :



Ainsi, la production et la transformation doivent s'effectuer dans la zone. La qualité et la réputation doivent être attribuables à l'origine géographique, au territoire.
Petite illustration rapide mettant en correspondance le système d'appellation français, appliqué à la région Bourgogne, et le système d'appellation américain appliqué à l'Etat de Californie.


Complexité d'un côté, à faire fuir tous novices en la matière et simplicité de l'autre : il est en effet facile de mémoriser et d'identifier un vin dont l'habillage reprend le nom d'un Etat ou d'une région à celui mentionnant un premier ou grand cru et son nom de climat !!!

Naissance du vignoble américain

Comme nous pouvons le voir au travers de cette frise retraçant l’histoire du vin et montrant plus particulièrement celle de la France en comparaison des Etats-Unis, le développement du marché du vin dans cette dernière zone a été très rapide.
En effet en un peu plus de 250 ans, les Etats-Unis sont devenus le 4ème producteur et le second en termes de consommation, avec une très positive perspective de croissance dans les années à venir.



Bien qu'il existe  des productions vinicoles dans les cinquante États américains, l'État de Washington, l'Oregon, l'État de New York et largement en tête l'Etat de Californie en sont les principaux.
C'est sur ce dernier que nous concentrerons notre reflexion. Il concentre en effet près de 90% de la production totale des Etats-Unis et suit de ce fait les mêmes tendances.


Wine Institute of California

jeudi 23 septembre 2010

Le marché du vin : France versus Etats-Unis

Suite à l’état des lieux du marché du vin au niveau mondial, il est à présent temps d’entrer dans le vif du sujet, à savoir la présentation de la France et des Etats-Unis dans ce domaine.

Le tableau récapitulatif et comparatif ci-dessous permet ainsi de mettre en lumière les chiffres clés de ces deux marchés ainsi que leur positionnement.

OIV - STATISTIQUES VITIVINICOLES MONDIALES 2007
Ainsi si la France se place dans le peloton de tête concernant sa superficie plantée en vigne, sa production, sa consommation globale et par habitant ainsi qu'en terme d'exportations on observe le dynamisme du marché américain sur ces dernières années. De fortes progressions en terme de consommation notamment ne parviennent pas à être comblées par leur seule production peuvent expliquer le déficit de leur balance commerciale sur ces dernières années.


Ainsi nous voilà face à un pays traditionnellement producteur en difficulté et à un pays nouvellement producteur porteur, qu'elles sont donc respectivement les forces à actionner et les faiblesses à pallier pour les convertir en opportunitiés ?
C'est à cette question à laquelle je tenterai d'apporter des réponses au travers des messages à venir.

Introduction au vignoble mondial

Suite aux dernières publications de l'Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), le vignoble mondial s'élève en 2007 à 7 792 000 hectares plantés en vigne, que celles-ci soient en production ou non, soit un retour au niveau de 1999-2000.

OIV - STATISTIQUES VITIVINICOLES MONDIALES 2007


Il est à présent intéressant de répartir cette superficie par continent.
Historiquement, le vignoble européen arrive en première position avec 59% du vignoble mondial, contre 69% dans les années 1980.
En seconde position, on retrouve l'Asie avec 21% du vignoble mondial, dont la progression a été très rapide au cours de ces 20 dernières années.
En troisième position, le continent américain détient quant à lui 13% du vignoble et a vu, comme l'Asie, sa part progresser rapidement sur ces 20 dernières années.
Le continent africain arrive en quatrième position et a vu sa superficie se stabiliser à l'inverse de l'Oceanie qui connaît une vitesse de croissance non négligeable.

OIV - STATISTIQUES VITIVINICOLES MONDIALES 2007

mercredi 22 septembre 2010

Introduction à la production mondiale de vins

Comme nous l'avons vu précédemment, la superficie totale du vignoble mondial en 2007 s'élève à 7 792 000 hectares.
De cette superficie, la production de raisins frais toutes utilisations confondues, représente un peu plus de 665 millions de quintaux. L'utilisation de cette production se répartie en 2007 de la façon suivante :

OIV - STATISTIQUES VITIVINICOLES MONDIALES 2007
Ainsi la destination première de cette production va aux raisins pressurés qui en couvrent les 62 %.
Dans cette catégorie, deux productions majeures en découlent : la production de vins qui couvre 69 % de cette production contre 3 % destinés au jus de raisins.

Ainsi la production mondiale de vins s'élève en 2007 à 265 994 000 hectolitres, en recule de 6,1 % par rapport à l'année précédente.


OIV - STATISTIQUES VITIVINICOLES MONDIALES 2007


Si l'on regarde la répartition mondiale de la production de vins en 2007 par continent, comme historiquement, nous retrouvons en première position l'Europe qui en couvre 68 % et connaît un recul notable de plus de 7% par rapport à l'année précédente. Viennent ensuite l'Amérique, l'Asie, l'Afrique qui restent suivis de près par l'Océanie.
Le tableau récapitulatif ci-dessous illustre bien leurs poids respectifs et les tendances par rapport à l'année 2006.


OIV - STATISTIQUES VITIVINICOLES MONDIALES 2007

Si l'on zoom à présent par pays, on retrouve dans le peloton de tête, trois pays européens traditionnellement producteurs de vins que sont l'Italie, la France et l'Espagne. On constate néanmoins que cette année, la France perd la première place mondiale de producteur de vins qu'elle avait conservée depuis 1999.
Derrière ces trois pays on retrouve les Etats-Unis qui connaissent un léger recul après leur très forte croissance en 2005.
On constate également la chute du classement de la Moldavie qui passe de la 19ème à la 22ème place et à l'inverse la montée de l'Allemagne qui passe de la 9ème à la 7ème place et l'entrée pour la première fois de la Nouvelle-Zélande dans le classement des 20 premiers pays producteurs de vins.


OIV - STATISTIQUES VITIVINICOLES MONDIALES 2007


Introduction à la consommation mondiale de vins

Pour poursuivre sur l'état des lieux proposé en introduction, il est temps à présent de voir ce qu'il en est du côté de la consommation mondiale de vins.

En effet, après plus de 10 ans de recul, la consommation mondiale de vins voit sa courbe se redresser légèrement, plus de 2,1% par rapport à l'année 2006, pour atteindre 249 190 000 hectolitres en 2007.


OIV - STATISTIQUES VITIVINICOLES MONDIALES 2007


Si l'on réparti ce chiffre par continent, nous pouvons souligner que l'Europe, comme toujours, couvre plus de la moitié de cette consommation et voit pour la deuxième année consécutive sa part progresser de près de 1,6%.
Elle est suivie par l'Amérique qui connaît à nouveau une progression de son niveau de consommation de près de 3,5 %, notamment dû à la poursuite de la croissance des Etats-Unis, du Canada et du Chili.
L'Asie occupe la troisième position de ce classement malgré une consommation qui continue de progresser mais à un rythme moins soutenu dont la Chine reste le principal moteur.
Enfin, viennent l'Afrique et l'Océanie qui enregistrent des évolutions positives comparables aussi bien en Afrique du Sud qu'en Australie et Nouvelle-Zélande.


OIV - STATISTIQUES VITIVINICOLES MONDIALES 2007

Toutefois si ces tendances se veulent plutôt optimistes, elles sont a relativiser si l'on considère à présent la consommation de vins prise individuellement par pays et par an.
En effet, on peut distinguer quatre groupes de pays dont les évolutions sont divergentes.
Ainsi dans les pays traditionnellement producteurs de vins et consommateurs préférentiels de cette boisson et malgré les plus forts niveaux de consommation toujours enregistrés la tendance est plutôt à la baisse comme c'est le cas pour la France, l'Italie, le Portugal, l'Espagne, l'Argentine ou encore la Hongrie.
A l'inverse on peut observer une certaine stabilisation voir légère regression en Allemagne, Autriche, Slovénie ou encore en Russie et en Ukraine.
Concernant les pays nouvellement producteurs et qui ont fortement accru leurs niveaux de production, la tendance observée en terme de consommation par an et par habitant est très positive comme c'est le cas en Australie, Nouvelle-Zélande, au Canada, aux Etats-Unis, Brésil, Afrique du Sud malgré la Chine qui peine sur ces dernières années.
La même observation peut être faite si l'on considère les pays non ou faiblement producteurs de vins comme la Suède, l'Irlande, la Norvège, la Finlande ou encore la Pologne.
Enfin pour les pays non producteurs de vins, la tendance est plutôt à la stabilisation en Belgique, aux Pays-Bas et au Danemark ainsi qu'au Royaume-Uni.

Introduction au commerce mondial de vins

Parlons à présent des échanges mondiaux de vins en 2007.
Si l’on considère le marché mondial comme la somme des exportations de tous les pays, celui-ci s’élève en 2007 à un peu plus de 89 000 000 d’hectolitres soit en hausse de près de 7% par rapport à l’année 2006.
C’est un marché que l’on peut définir comme dynamique car si on le rapporte à la moyenne 2001-2005 il a progressé de près de 24%.
D’une manière générale, les importations totales ont suivi la même tendance représentant plus de 85 000 000 d’hectolitres soit une hausse de près de 6% en comparaison à l’année 2006.
Le marché mondial représente ainsi plus de 36% de la consommation mondiale en 2007 contre à peine un plus de 18% sur la période 1986-1990.
Pris par continent, le commerce extérieur observe la même dynamique.
L’Europe continue d’occuper la première place à l'origine de près des trois-quarts de ces échanges devant les Etats-Unis.

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